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Publié le 25 juillet 2017

La Pourvoirie du lac Cyprès, sur la Côte-Nord : territoire faunique patrimonial en renaissance

Par André-A. Bellemare

Charles Pinard, de Baie-Comeau, jubile : la construction d’un nouveau chemin forestier d’une longueur de 14 km — qu’il attendait impatiemment depuis six ans — sera terminée durant les prochaines semaines pour donner un meilleur accès à sa Pourvoirie du lac Cyprès. Il planifie donc la renaissance de ce territoire faunique patrimonial de 53,5 km² de superficie intimement lié à l’histoire de la Côte-Nord.

Le chemin neuf permettra aux clients de Pinard d’accéder directement au lac Achigan, où est situé le poste d’accueil de la pourvoirie, puis d’améliorer l’accessibilité à quelques autres lacs du territoire. Car, depuis des années, à la suite de la disparition de ponts enjambant la rivière à saumons Godbout dans son cours supérieur, les clients doivent attendre que Charles Pinard viennent les chercher en camionnette, avec tous leurs bagages, près d’une passerelle piétonnière suspendue au-dessus de la Godbout, à quelque 4 km du poste d’accueil de la pourvoirie. Ça ne sera plus le cas, en septembre, une fois le nouveau chemin terminé.

Actuellement, pour accéder à la pourvoirie, les clients circulent d’abord sur 66 km d’une route asphaltée à partir de Baie-Comeau — sur la route de la rivière Tounoulstouc, qui commence près du centre de ski du Mont Ti-Basse de Baie-Comeau —, puis ils se véhiculent ensuite sur 25 km de bonne route forestière graveleuse, un parcours d’un peu plus d’une heure en automobile. Des panonceaux de la Pourvoirie du lac Cyprès indiquent la direction à prendre pour y parvenir. Baie-Comeau est à 425 km du centre-ville de Québec, ou à environ cinq heures et demie en voiture.

Vous pouvez télécharger l’application gratuite «Ondago» et une carte routière de la pourvoirie du lac Cyprès pour votre téléphone cellulaire : cette application transformera en quelque sorte votre téléphone en GPS, et vous pourrez alors l’utiliser pour suivre le chemin à partir de Baie-Comeau jusqu’au cœur de la pourvoirie.

Cette application gratuite a été créée par des informaticiens de la grande région de Québec pour faciliter la vie aux Québécois.

Territoire faunique patrimonial

Voilà une semaine, à l’invitation de l’Association régionale des pourvoiries de la Côte-Nord, j’ai fait un séjour dans la Pourvoirie du lac Cyprès pour découvrir ce territoire que je ne connaissais pas. J’y ai séjourné en même temps que deux techniciens de la faune du ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs du Québec (MFFP), qui y procédaient à une caractérisation de certains lacs.

Charles Pinard, géologue de formation, est devenu actionnaire et gérant de cette pourvoirie en 1989; puis il en est devenu l’unique propriétaire en 1995. Ce jeune quinquagénaire, originaire de Drummondville, a toujours nourri une profonde affection pour la Côte-Nord, au point de déménager à Baie-Comeau et d’y acheter une maison pour y fonder une famille avec sa conjointe Sandra Heppell, biologiste à l’emploi du MFFP. Pinard souhaite que ses deux fils, Alexandre et Louis, assurent sa relève en pourvoirie.

Pinard affectionne tout particulièrement le territoire de sa pourvoirie, qui fut jadis le Club Comeau appartenant aux descendants de Napoléon-Alexandre Comeau, le légendaire «roi de la Côte-Nord», qui a donné son nom à la Ville de Baie-Comeau. Napoléon-A. Comeau, géologue lui aussi, trappeur, chasseur, pêcheur, naturaliste, auteur, fonctionnaire, médecin, etc., a été le gardien mandaté de la rivière Godbout pendant 61 ans. Le géologue Pinard, lui, a déjà été directeur général de la ZEC-saumon de la rivière Godbout. Et Pinard est l’actuel président de l’Association des pourvoiries de la Côte-Nord qui prend âprement la défense de l’avenir de la pêche et de la chasse sur la Côte-Nord! Vous voyez bien qu’il y a là comme une continuité…

L’ancien Club Comeau a été transformé en «outfitter» voilà plus d’un demi-siècle, pour accueillir des gens célèbres de divers milieux; le territoire est passé entre quelques mains avant que Pinard en prenne charge. Jusqu’au début du XXIe siècle, ce fut une pourvoirie «traditionnelle», du genre «ma cabane au Canada». Mais, sous la gouverne de Charles Pinard, cela a changé, et cela changera dorénavant encore bien plus rapidement, m’a-t-il assuré.

Renaissance de ce royaume de la truite mouchetée

Le pourvoyeur remplace progressivement les bâtiments anciens de la pourvoirie — sauf le grand camp principal en «bois rond» — par des chalets modernes et bien équipés : éclairage électrique par panneaux photovoltaïques, cuisinières et réfrigérateurs au propane, toilettes intérieures, douches à eau chaude, éviers à eau courante, etc.

Déjà, Pinard a construit deux chalets modernes au lac Achigan, éloignés de plusieurs dizaines de mètres l’un de l’autre. Il a réaménagé le chalet établi sur la berge du lac Pesetone. Ces trois chalets peuvent héberger au total 12 personnes. À la suite de la construction du nouveau chemin, le propriétaire de la pourvoirie entend construire encore trois chalets, chacun pouvant accueillir six personnes. Ses infrastructures d’hébergement pourront donc à l’avenir recevoir 30 personnes en tout.

Je crois que le lac Achigan est bon endroit pour y réaliser des vacances familiales en toute tranquillité, en plus d’y pratiquer la pêche. Des plages sablonneuses s’étirent loin dans l’eau pour une baignade sécuritaire.

Le territoire de la Pourvoirie du lac Cyprès, traversé par la rivière Godbout, renferme 37 lacs, dont 12 sont exploités régulièrement. Mais tout cela changera bientôt, à cause de la construction du nouveau chemin, qui passera à proximité de quelques plans d’eau jusqu’à maintenant un peu difficiles d’accès et bien peu pêchés… Je serais curieux de voir les poissons que les pêcheurs y récolteront durant les prochaines saisons!

C’est évidemment l’omble de fontaine («truite mouchetée») qui est en vedette dans les plans d’eau de la pourvoirie. Pinard n’est pas du genre à prétendre que des poissons «trophées» uniquement nagent dans les lacs de son territoire; mais il soutient, avec raison, qu’il s’agit de poissons indigènes batailleurs et aux couleurs chatoyantes, dont la chair saumonée est fort succulente, comme j’ai pu le constater durant mon séjour.

Les deux techniciens de la faune du MFFP avec lesquels j’ai séjourné — Lily-Ane Boissonneault, originaire de Trois-Rivières, vivant maintenant à Saint-Marc-de-Latour (près de Colombier et de Forestville), ainsi que François-Alexis Behm, de Baie-Comeau — ont prélevé des truites mouchetées pour les faire analyser, puis ont identifié des ruisseaux alimentant les lacs étudiés pour voir la possibilité d’y aménager plus de frayères naturelles pour la reproduction des poissons indigènes. Lors de nos conversations, ils m’ont tous deux confirmé que les ombles de fontaine qu’ils venaient de prélever dans des lacs de la Pourvoirie du lac Cyprès avaient une «belle moyenne de poids»; certaines truites pesaient une demi-livre, et d’autres trois quarts de livre.

La pêche dans les plans d’eau de cette pourvoirie est «printanière» même en été. D’abord, parce que les lacs sont en altitude (entre 700 et 1200 pieds). D’autre part, la température est toujours quelques degrés plus fraîche là qu’à Baie-Comeau et, déjà, la température à Baie-Comeau est de quelques degrés plus fraîche que dans les grands centres urbains comme Québec et Montréal. «Les mouchetées sont bien à l’aise dans nos lacs de la Côte-Nord!», de déclarer Pinard, pour signifier qu’elles ne crèvent surtout pas de chaleur et qu’elles ne manquent pas d’oxygène.

Un bon habitat pour l’orignal

Selon les deux techniciens de la faune rencontrés, le territoire de la Pourvoirie du lac Cyprès est un bon habitat pour l’orignal. Ils m’ont souligné qu’ils avaient, eux aussi, observé beaucoup de pistes fraîches sur les plages des lacs, ainsi que dans les «portages» en forêt.

Personnellement, après ma première nuit dans le chalet que j’occupais sur la berge du lac Achigan, j’ai eu la chance d’apercevoir une femelle orignal et son tout jeune faon patauger dans l’eau, à quelques dizaines de mètres seulement du chalet. J’ai eu le temps de les photographier.

Charles Pinard m’a souligné qu’il y a encore des places libres dans la pourvoirie pour des groupes de chasseurs d’orignal. Cet automne, les trois segments de la population d’orignaux peuvent être récoltés : mâles adultes, femelles adultes ou faons. Si vous désirez en savoir plus, consultez le site web : http://www.laccypres.ca ; sur Facebook : http://www.facebook.com/laccypres ; courriel : mailto:charlespinard@globetrotter.net ; téléphone satellite en forêt, entre 19h et 21h : 1-613-855-2378.

En plus de gérer sa pourvoirie, puis de présider l’Association régionale des pourvoiries de la Côte-Nord, Charles Pinard est aussi gestionnaire des baux de villégiature sur un immense territoire privé de 440 km² appartenant à Les entreprises forestières Ushkuai, de la communauté autochtone d’Essipit (Les Escoumins). Ce territoire poissonneux et giboyeux est situé au nord de la Pourvoirie du lac Cyprès.

La route 138 : la «route des salmonidés»

C’est sûr que Charles Pinard, à l’instar de Napoléon-Alexandre Comeau, se fait l’apôtre de la Côte-Nord. Ainsi, selon lui, les intervenants touristiques de cette immense et magnifique région du Québec devraient peut-être modifier leur façon d’identifier la route 138 : «Ce n’est pas la « route des baleines » qu’on devrait l’appeler, mais bien la « route des salmonidés »!», d’affirmer Pinard, parce que la route 138 conduit les gens vers les innombrables plans d’eau donnant refuge aux truites mouchetées, aux touladis, aux truites moulac, aux ouananiches, aux ombles chevaliers et aux saumons de l’Atlantique.

«Notre Côte-Nord est peut-être le dernier vrai grand paradis des truites mouchetées indigènes d’Amérique du Nord!», de clamer Pinard, pour qui l’avenir de la pêche et de la chasse au Québec passe nécessairement par la Côte-Nord. «Et l’avenir de la Côte-Nord devra beaucoup à la pêche et à la chasse», selon le pourvoyeur, qui constate que pêcheurs et chasseurs reviennent fidèlement sur la Côte-Nord après en avoir découvert et «goûté» les ressources halieutiques et cynégétiques.

«Les touristes qui ont circulé « aller-retour » une fois sur la route 138, pour aller photographier les grands barrages et les îles de Mingan durant leurs vacances, ont tendance à aller ailleurs par la suite», selon ce que Charles Pinard a constaté. «Mais les pêcheurs et les chasseurs nous reviennent continuellement, et les intervenants du domaine touristique devraient s’occuper encore plus de cette clientèle très fidèle qui contribue tant à notre économie régionale», dit-il.

Voilà pourquoi l’Association régionale des pourvoiries de la Côte-Nord multiplie tant les efforts, ces temps-ci, pour inciter un plus grand nombre de pêcheurs et chasseurs à fréquenter la région. L’Association que préside Pinard veut servir d’exemple aux intervenants touristiques de sa région.

«La Côte-Nord offre des paysages… dépaysants aux gens qui vivent dans les grandes agglomérations urbaines du centre et du sud-ouest du Québec : travaillons donc tous ensemble pour attirer encore plus de ces citadins sur la Côte-Nord!», conclut le pourvoyeur Pinard, cherchant à rallier les hôteliers et restaurateurs, les propriétaires de marchés d’alimentation et de dépanneurs, les opérateurs de stations-service, de terrains de camping et d’autres établissements commerciaux.

À propos de André-A. Bellemare Chroniqueur de chasse et pêche depuis 40 ans.

André-A. Bellemare participe à Latulippe.com depuis 1996. À ce jour, il a rédigé plus de 400 chroniques pour Latulippe.com Bien informé sur l'actualité du plein air au Québec, il vous offre sa science, son expérience, son vécu et ses opinions.

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