Bien que je sache très bien qu’on n’a pas toujours la chance d’aller faire quelques lancers en eau salée dans le sud, je me suis dit que l’expérience que j’ai vécu en Floride aux alentours de Pâques était si mémorable qu’elle valait la peine d’être partagée… Et oui, j’ai eu la chance de passer quelques jours en Floride il y a un mois environ, et je m’étais promis il y a des années déjà que si un jour je retournais dans cette région, il me faudrait aller à la pêche. J’ai bien fait de la recherche du côté de la haute mer, mais les prix y étaient incroyablement élevés (en moyenne 1100$ U.S. pour la journée, plus un pourboire de 15% !!!). Comme je désirais tout simplement tenter l’expérience, et que l’espèce de poisson m’importait peu, je me suis plutôt dirigé vers la pêche en eau peu profonde dans la baie de Biscayne. Après de longues heures de recherche internet, j’ai finalement arrêté mon choix sur un guide qui ne semblait pas trop orienté vers le « flash », comme c’est souvent le cas dans cette région. Il est très important ici de mentionner le fait qu’à cause de la saison de pêche qui s’étend sur toute l’année et à cause de la température favorable, il est extrêmement facile pour un « pêcheur du dimanche » de s’improviser guide professionnel. Il est donc crucial de faire de la recherche afin de trouver un véritable guide dans cette masse de références un peu douteuses.
Ainsi, le Capitaine Kenneth Collette, mon père et moi nous sommes embarqués dans un « flat boat » de près de 18 pieds pour une aventure sur Biscayne Bay. La journée s’annonçait des plus chaudes, avec une température de près de 92 degrés Fahrenheit, et des vents légers. On est sorti de la marina et on s’est dirigé vers des bancs de sable peu éloignés. L’objectif premier était de tenter de prendre du tarpon, une espèce de poisson argenté absolument magnifique qui atteint facilement les 100 livres.
On a passé quelques heures à changer de structure en essayant de provoquer quelque tarpon en recherche de nourriture, mais comme le guide nous l’avait expliqué avant le départ, les forts vents des deux semaines précédentes avaient fortement affecté la qualité de la pêche, et les chances de capture de tarpon étaient minimes. Après ces quelques heures au calme plat, le guide nous a demandé de rentrer les lignes pour qu’on puisse se diriger vers un canal où il y avait des espèces de poisson plus petite. Je ne vous cacherai pas que sur le coup, j’étais un peu déçu de cette expression. Les « petites espèces » n’avaient pas grand attrait, du moins par leur nom. Mais après explication de la part du Capitaine Collette, j’ai compris toute la signification du mot « petit » en mer floridienne… Des poissons comme le jack crevalle, les thons noirs et jaunes, les ladyfish, les pompanos et les bluefish, qui mordaient généralement sans relâche, combattaient comme des fous et pesaient de 2-25 livres… O.K. Des petites espèces comme ça, j’en prendrais à toutes mes sorties de pêche !
Enfin… Retour au récit… On s’est dirigés vers le canal en question, et en moins de trois lancers, j’avais un solide combattant sur ma ligne. J’ai sorti un beau poisson aux flancs argent vif, un pompano. Mon père m’a presque aussitôt relancé avec un beau ladyfish qui sautait hors de l’eau à tout moment. En quelques heures, nous avons pris environ 5 de ces poissons de différentes espèces, ce qui nous a beaucoup plu, mais le guide n’en revenait pas de constater à quel point même ces poissons n’étaient pas aussi coopératifs qu’à l’habitude.
En tout cas, mon père était satisfait de sa journée jusqu’à ce point, et c’est tout ce qui m’importait. Le guide s’est quand même décidé à changer d’espèce à nouveau afin de tenter une nouvelle expérience. Le requin. Ce seul mot est suffisant pour provoquer des palpitations… Mais le goût de l’aventure nous a poussé plus loin.
Avant de prendre du requin, évidemment, il nous fallait des appâts. On s’est donc arrêtés dans un lieu de prédilection du guide pour la capture de barracudas. C’est vraiment à ce moment, alors que l’on voyait littéralement des milliers de prédateurs (sans exagération) dans moins de 2 pieds d’eau, qu’on a vraiment compris que la pêche n’était pas bonne cette journée-là. On a mis plusieurs lancers pour enfin provoquer trois de ces poissons généralement très agressifs à prendre le leurre, puis ensuite on s’est dirigé vers le « spot » à requin. (En passant, le barracuda offre un superbe combat en eau peu profonde !)
L’idée que je me faisait d’un lieu fréquenté par les requins était d’une descente rapide vers le fond dans quelques 15-30 pieds d’eau. Mais j’ai bien vite réalisé mon erreur. Le guide a stoppé le moteur dans une zone peu profonde (3-7 pieds) et a préparé les appâts. L’eau était si claire qu’on distinguait le fond comme si c’était la surface ! Comment des requins pouvaient-ils s’approcher de nous dans de telles conditions ? Je me demandais quel type de requin nous allions tenter d’attirer, et en eau si peu profonde, j’ai cru un moment que ce serait des petits spécimens de 10-30 livres. Et non ! de me répondre le guide. Les requins « lemon » et « bull », plus communs à ce temps de l’année, pouvaient atteindre un poids incroyable…
Le guide a préparé son premier appât : Un barracuda dont il a coupé les filets tout en prenant soin de ne pas les retirer de sur la carcasse. Les filets pendaient donc sur le poisson ensanglanté (bon, ça paraît barbare, mais c’était ça ou nos pieds… J ) que le guide a attaché sur le devant du bateau, pendant dans l’eau. Il nous a ensuite annoncé que comme la direction du courant était telle, les requins suivraient la traînée d’odeur en arrivant d’un côté précis du bateau. Un seul pêcheur présenterait une pièce de barracuda avec un gros flotteur à environ 20-30 pieds du bateau, dans la traînée d’odeur laissée par la carcasse.
En moins de 20 minutes, le guide a aperçu deux silhouettes qui se dirigeaient vers nous. Deux taches noires en mouvement à près de 200 pieds de nous, très visibles sur un fond aussi clair. « Le premier est très gros », nous a-t-il dit. Par la couleur, il pensait distinguer un lemon shark. (Comme j’avais vu des émissions américaines de pêche à ce requin et que les captures faisaient 20-30 livres, je ne savais pas ce que « gros » voulait dire ici non plus…) « Il fait environ 300 livres », me dit le guide. 300 LIVRES !!! Bon… Ma compréhension des proportions est totalement anéantie. Ces deux requins se sont bien approchés de l’appât, ont tourné près de celui-ci, puis se sont lentement éloignés. Le guide nous a dit que c’était normal, et qu’ils s’approcheraient à nouveau. Entre temps, d’autres requins intéressés se pointaient le nez près du bateau. En quelques heures, on a eu environ 15 « visiteurs » différents, tant des lemon que des bull sharks, et en moyenne, ils faisaient 200-400 livres chacun. Mais ici encore, l’activité au neutre des poissons, qu’on avait constaté chez les autres espèces, s’est révélée la règle pour les requins aussi. On n’a pas eu de morsure, sauf de la part des rémoras (ces poissons qui s’attachent au requin pour profiter des restants de ses proies lorsqu’il se nourrit). Mais le seul fait de voir ces bêtes énormes s’approcher si près du bateau était un sport extrême en soit !
Était-ce une mauvaise journée pour la pêche ? Oui. Malchance… Était-ce une mauvaise journée de pêche ? Absolument pas. On a varié les espèces, les techniques et les structures, et on a pu voir ce que c’était que de pêcher en Floride. On a vu des eaux plus claires qu’on pouvait imaginer, des raies de plus de 150 livres sauter complètement hors de l’eau, des poissons énormes, et on a pris des poissons dont le combat était absolument incroyable. Que demander de plus ? Il n’y a aucun doute dans mon esprit au sujet du fait que je répèterai l’expérience, sans faute, lors de mon prochain passage en Floride. Il y aura une suite à « Jaws » !
Peut-être ces quelques lignes vous auront-elles permis de rêver à la pêche en mer. Si c’est le cas, et si vous en avez la chance, tentez cette expérience mémorable une fois dans votre vie ! Bonne pêche !
Patrick Savard
Conseiller au département de le pêche
P.S. Comme c’est difficile de trouver un guide fiable en Floride, je vous laisse les coordonnées du Capitaine Collette.
Téléphone : (954) 463-0512
Cell. : (954) 260-1639
Courriel : kencollette@msn.com