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Chroniques Plein air de Magasin Latulippe > Patrick Savard

Truite en lac en début de saison
Par Patrick Savard
publié le vendredi 19 mai 2006

Comme la saison vient tout juste d’ouvrir, il est temps de réfléchir (ou de réviser) la technique à employer lors de votre première sortie. Comme je l’ai déjà mentionné dans une chronique passée, la truite mouchetée (ou omble de fontaine) est un poisson d’eau froide, dont la température préférentielle varie entre 52 et 58 degrés Fahrenheit. Rappelons-nous qu’en dehors de cette « zone confort », le niveau métabolique de l’omble ralentit et qu’il a moins souvent besoin de se nourrir. Le tout début de saison ouvre ainsi la porte sur deux scénarios possibles : (1) le lac est « calé » depuis peu et l’eau est trop froide, ou encore (2) la température de l’eau s’apparente à 52 degrés. Voici donc la base de mon approche pour ces deux situations.

Scénario 1 :  Dans une eau très froide, sur un lac où la glace vient tout juste de disparaître, il y a fort à parier que le poisson est encore sur ses structures hivernales, ou encore dans d’assez grandes profondeurs (15-25 pieds) où la température de l’eau est plus stable. Dans de telles conditions, il importe de toujours se rappeler que le poisson est plus lent, et donc d’ajuster notre présentation à cet effet. « Jigger » une fosse avec une mini pieuvre (micro tube) peut alors s’avérer être excellent, ou encore la pêche toute simple à la ligne morte avec un ou deux vers. Comme l’eau est encore glaciale, ne vous attendez pas à une attaque violente, mais guettez plutôt les touches subtiles. Ainsi, il importe de toujours garder une tension sur la ligne, afin de ne pas manquer une morsure délicate. De plus, si vous avez confiance dans les produits olfactifs, les présentations lentes sont les plus propices à leur utilisation, car le prédateur a logiquement plus le temps de « flairer » l’appât. Pour la pêche à la cuillère, tant à la traîne qu’au lancer, il vous faudra utiliser une bonne longueur de fil entre le vers et le leurre afin de vous ajuster à la lenteur de réaction des truites.

Scénario 2 : Ici, la lumière du jour a commencé à réchauffer la surface de l’eau. Les poissons sont sortis de leur torpeur et ont quitté leur lieu d’hiver pour rechercher l’eau la plus chaude possible. Ce confort, ils le trouveront dans les eaux peu profondes et les moins affectées par les vents. Une eau stagnante a logiquement un plus grand potentiel de réchauffement, et bien que durant l’été, ces endroits ne soient pas privilégiés par les ombles faute d’oxygénation, le printemps change la règle car l’oxygène se dissout très bien dans l’eau froide qu’on retrouve en mai ou au début juin. Enfin, retour à notre poisson… Comme il est à présent dans des eaux très peu profondes (1-5 pieds), n’oubliez jamais qu’il vous est aussi facile de le voir que ça l’est pour lui de vous voir. La règle d’or demeure ainsi le silence et la subtilité de la présentation. Vous pouvez vous aventurer à traîner dans des baies très peu profondes, entre les souches d’arbres submergées. Il est bien évident que les leurres devront être légers, et c’est le moment tout indiqué pour sortir les Lake Clear Wablers. Ces cuillères sont si légères que si elles s’accrochent dans les souches, on peut très facilement reculer et les récupérer à la main, tout simplement. Vous remarquerez souvent que votre succès augmentera lorsque votre leurre sera plus loin derrière l’embarcation, et cela sera causé par la faible profondeur de l’eau. Les craintes des prédateurs sont moindres lorsqu’une embarcation s’est éloignée. Vous pourrez songer au lancer dans des conditions de luminosité sous-marine plus faible, soit vers la fin du jour, par temps nuageux ou encore par périodes venteuses, puisque la vague brise le reflet de la surface et estompe les erreurs possibles du pêcheur.  Quant à la longueur d’avançon (fil entre la cuillère et le vers) à préconiser dans une telle situation, elle se doit d’être diminuée. Un omble de fontaine au maximum de son niveau métabolique réagit promptement au passage d’un leurre, et plus souvent qu’autrement, s’il ne trouve pas un vers tout près de la cuillère, il s’attaquera directement au métal de celle-ci, se rendra bien vite compte de son erreur, puis s’en éloignera définitivement. Oubliez donc l’histoire printanière typique voulant que le « poisson avait tellement la gueule gelée qu’il mordait mal ». Il ne mordait pas mal. Il le faisait au mauvais endroit… 

Finalement, peu importe le scénario auquel vous ferez face lors de votre sortie printanière, gardez toujours à l’esprit que le début de saison est propice à la réalisation des rêves de pêcheur. C’est un moment dans l’année où tout peut arriver, car les truites les plus grosses recommencent alors à se nourrir plus régulièrement et le poisson-fourrage est encore à son plus faible nombre (moins de nourriture = plus de chances de capture). De plus, comme la stratification des eaux n’est pas encore entamée, l’ogresse que vous désirez prendre depuis des années peut se trouver tant dans les profondeurs que juste sous la surface, à attendre votre leurre. Tout peut arriver ! Bonne pêche !

 

Patrick Savard
Conseiller au département de la pêche


Prochaine chronique 5


Note aux lecteurs :
Les opinions exprimées dans nos chroniques n’engagent que les auteurs
des textes et ne représentent pas nécessairement ceux de Magasin Latulippe.
Bonne lecture.