Le rendement des GPS portables en forêt.
Cette chronique pourrait aussi porter le titre : DOP, EPE, XTK et CDI.
Une question dont la réponse mérite récompense est celle-ci : Quelle est la chose la plus importante à connaître pour naviguer. Naviguer veut dire se déplacer d’un point précis vers un autre point choisi?
Lorsque je pose cette question a des néophytes, j’obtiens plusieurs réponses comme savoir lire une carte, savoir utiliser une boussole ou encore de savoir où est notre destination. Pourtant la réponse est évidente : Il faut connaître l’endroit où nous sommes. Sans cette information toute navigation est impossible. Comment se rendre à Gaspé si on ignore que l’on est à Québec? Un receveur GPS nous donne cette information constamment.
Puis-je me fier à mon GPS en forêt? Quelle en est la précision? Quels sont les meilleurs trucs pour en tirer le maximum. Dans une situation critique, que dois-je faire?
Pour débuter, commençons par comprendre le fonctionnement du système. La constellation de satellites qui émettent les signaux GPS a été calculée pour permettre la réception à tous les points du globe. Pour afficher une position, un appareil requiert la réception du signal d’un minimum de trois satellites. Les récepteurs sont conçus pour " écouter " tous les satellites présents sous le dôme céleste au-dessus de la position ou l ‘usager se situe. Le calcul de la position est effectuée par triangulation de la position des signaux reçus. Voilà le hic, 99% de nos forêts sont en territoire montagneux, le couvert peut parfois y être très dense et la réception difficile. Un signal en fréquence micro-ondes ne passe pas à travers une montagne. La même situation se retrouve à l’intérieur de bâtiments, de véhicules ou en région urbaine près des grands édifices. En forêt les signaux des satellites qui sont situées à une position basse à l’horizon ou à l’arrière d’une montagne ne seront pas captés. Les appareils Garmin affichent une information de grande valeur lorsque l’usager a besoin de savoir s’il peut compter sur la précision de la lecture à l’écran. À la page qui affiche la réception des satellites, une fenêtre mentionne les lettres DOP qui sont l’abréviation de l’anglais Dilution Of Precison. Votre receveur se rend compte qu’il ne peut recevoir des satellites présents qui permettraient d’avoir un grand angle pour calculer la position présente et qu’il est obligé de se contenter de signaux provenant d’un même secteur de la voûte céleste ce qui en dilue la précision. Il faut tenir compte de cette information lorsqu’on désire marquer un point en forêt.
L’information suivante affichée à l’écran est le EPE abréviation des Estimated Positionning Error. Même dans des conditions idéales, la traversée des couches supérieures de l’atmosphère par le signal de chacun des satellites et une infime marge d’erreur dans le calcul de la distance du satellite émetteur laissent des traces. Nous avons vu dans la dernière chronique que la marge d’erreur voulue du système a été éliminée ce qui nous permet une précision correspondante. En terrain découvert la précision affichée sera d’environ 6 mètres. La lecture du EPE est utile en forêt pour évaluer la précision de l’affichage de position.
Lors de déplacement vers un objectif pré-sélectionné votre appareil affiche une information sous la mention CDI ou XTE pour Course Deviation Indicator ou Cross (X) Track Error. Il s’agit en fait du calcul de votre déviation de la route en ligne directe entre votre point de départ en votre destination. Il est absolument impossible de progresser en ligne droite en forêt. Bien qu’utiles en navigation aérienne et nautique ces informations sont sont d’aucune utilité pour la forêt. Toutefois sachez que votre appareil indiquera toujours la direction à suivre pour vous rendre à votre destination en tenant compte constamment de vos déviations. La direction à suivre est affichée en degré du compas. Il est donc fortement suggéré d’inclure dans la configuration de votre appareil l’affichage de ces coordonnées en nord magnétique. Votre appareil connaissant sa position va lui-même calculer la déviation du nord magnétique pour vous automatiquement. Si vous préférez utiliser le mode de navigation graphique, la flèche de direction est en fait une illustration de cette information critique.
Quelques trucs en situation critique :
Si vous demandez de l’aide étant muni d’appareils de communication radios ou téléphoniques sans fils. Lorsque vous transmettez une position, assurez vous de mentionner votre mode de coordonnées, c’est-à-dire, xx degrés xx minutes, xx secondes (ou centième de minutes ou millième de minutes). En effet une lecture de 45.36.22 peut être interprétée de plusieurs façons selon la configuration du mode d’affichage des coordonnées. Sachez que le mode international est en degrés, minutes, secondes et que c’est la méthode la plus sûre d’être bien compris. Une autre restriction à établir une position avec grande précision est le mode de référence des cartes (Map Datum) utilisé. Il y a encore deux systèmes utilisés au Canada. Les cartes de plusieurs territoires sont encore en mode NAD27 et les cartes récentes sont en mode NAD83. Si vous voulez être certains que votre position est bien interprétée, mentionnez la référence géodésique de vos coordonnées.
Si vous êtes forcés de voyager sur une grande distance en forêt suite à une panne de véhicule ou d’un atterrissage forcé, vous aurez besoin de toute l’énergie que les piles de l’appareil peuvent fournir. La meilleure méthode de navigation est de progresser par étape. Cette méthode est connue en langage de navigation international sur le vocable Dead Reckoning. Vous mettez votre appareil en marche, laissez-le afficher la position où vous êtes et lisez la distance et la direction de votre objectif. Après lecture fermez l’appareil pour avancer dans cette direction pendant une période de temps et faites une nouvelle lecture plus loin. Le temps de fonctionnement de votre appareil sera limité à moins de deux minutes par lecture ce qui vous permettra d’utiliser votre appareil très longtemps.
J’aurais dû vous mentionner dès le début que j’estime qu’il y a trois appareils essentiels pour la navigation en forêt. Bien entendu la carte de topographique de la région est un outil dont la valeur est sûre mais malheureusement il arrive très souvent que l’on ne peut pas toujours l’avoir en sa possession en tout temps. Après l’acquisition d’un GPS plusieurs ont crû ne plus avoir d’utilité pour la boussole. Détrompez vous c’est encore un instrument essentiel. A moins d’avoir le tout nouveau e-Trex Summit de Garmin avec compas électronique intégré, vous devez avoir une boussole pour identifier la direction à prendre au départ car en forêt il vous faut souvent un long déplacement avant que votre GPS affiche avec précision la direction de votre progression et la correction à y apporter. Les trois outils sont donc : Un GPS, une boussole et le troisième………se situe entre les deux oreilles.
À la prochaine
Marcel Bouchard
En complément d'information sur le GPS, voyez le dossier Garmin